January 9, 2002

  •                            J ' avais un camarade .....


      En 1944 j ' avais 11 ans et vivais à Marquise , petite ville située entre Boulogne - sur - Mer et Calais près de la côte nord - ouest de la France et particulièrement près du Cap Gris - Nez transformé par les Allemands en une dangereuse forteresse menaçant l ' Angleterre avec ses gros canons . Mon père était ouvrier dans une usine et ma mère restait à la maison , ce qui était fréquent en ce temps . J ' étais le seul enfant de la famille .


      Durant la guerre l ' école était occupée par les Allemands et nous n ' allions à l ' école élémentaire qu ' une demi - journée par jour dans une petite maison . Avec mes amis nous avions une vie demi - sauvage et nous jouions dans les pâtures à différentes sortes de jeux souvent guerriers . Nous n ' aimions pas les Allemands en ce temps .  Non seulement ils étaient les envahisseurs mais ils s ' appropriaient toutes les marchandises . Nous n ' avions rien . Très peu à manger . Ma mère Marthe devait faire les vêtements  , parfois le pain et même ...le savon . Mon père Emile ressemelait les chaussures avec des morceaux de vieux pneus . Heureusement il avait un ami fermier dans un village voisin . Mon père l ' aidait durant ses courts congés aus travaux des champs et de la moisson . ( travaux avec chevaux ) . Aussi nous avions un peu de pommes de terre , beurre et oeufs mais pas trop .Mon père n ' était pas soldat . Il avait été appelé à rester dans son usine qui fabriquait de l ' armement et obus , si je me souviens bien . Il n ' avait pas rendu son fusil ni son poste de radio comme les Allemands demandaient . Ainsi nous écoutions la BBC , la radio anglaise , en Français chaque soir durant toute la guerre , ce qui était évidemment strictement interdit par les Allemands , avec le risque de la déportation en Allemagne .


      Mai et juin 1944 furent des mois terribles . Le Américains et les Anglais bombardaient de grandes étendues autour de nous . Boulogne - sur - Mer fut complètement détruit . Les Alliés espéraient que les Allemands penseraient que le débarquement des forces américaines , anglaises et canadiennes aurait lieu là , dans le nord . En outre les Allemands construisaient de très importants tubes dans les collines calcaires d ' un  village près de Marquise appelé Landrethun dans le but de lancer des missiles sur l ' Angleterre et spécialement sur Londres . C ' est pourquoi beaucoup de gros bombardiers américains que nous appelions " forteresses volantes " bombardaient sans arrêt la zone de Landrethun . Les avions américains se tenaient haut dans le ciel pour éviter la défense contre avions et lançaient leur bombes  sur une large zone . Une d ' entre elles ateignait l ' objectif de temps en temps mais elles atteignaient aussi bien autre chose . Mes grands - parents habitaient Landrethun .


      Une nuit mes grands parents et leurs trois derniers enfants entendirent les avions arriver . Ils se levèrent immédiatement et coururent se réfugier dans l ' abri qu ' ils avaient creusé dans le jardin à 25 mètres environ de leur maison . Ils étaient à peine dedans qu ' ils entendirent un effroyable bruit de tonnerre . Ils étaient morts de peur . Ma plus jeune tante ( Yolande ) sortit de l ' abri quand le calme fut revenu et cria : " Maman nous n ' avons plus de maison ! Il n' y a plus rien ! " . A la place de la maison , il y avait un énorme cratère . La bombe était tombée  sur la chambre à coucher où ils étaient juste avant . Plus de maison , plus de meubles ni de vêtements ! Plus rien ! Au bout de la maison le toit de l ' étable à vaches était tombé sur les quatre vaches qui meuglaient , leur colonne vertébrale cassée .  Les Allemands les emportèrent pour la boucherie . Mon grand - père devint malade et mourut l ' année suivante .


      Mon père leur construisit alors une sorte de " cottage " , en réalité un baraquement comportant une seule grande pièce avec le bois pris dans les cantonnements allemands . Les Allemands  , en effet commençaient à s ' enfuir mais pas tous . Le Cap Gris nez demeurait une dangereuse forteresse où ils résistaient . Et enfin l ' armée canadienne arriva à Marquise ( Septembre 44 ) . La population française était dans les rues applaudissant les soldats et fraternisant avec eux . Mais à peine les Canadiens étaient - ils dans la ville que les canons allemands tournés vers l ' intérieur tiraient sur nous . La paix n ' était pas encore là .


      L ' artillerie canadienne arriva et tira sur le Cap Gris - Nez . Une batterie était au bout de la rue où mes grands parents vivaient à Landrethun . J ' avais l ' habitude d ' aller en bicyclette de Marquise à Landrethun où mon père construisait le baraquement pour les grands - parents et puisque la batterie canadienne était tout proche j ' étais toujours avec les soldats et regardit comment les canons fonctionnaient . En ce temps - là j ' étais un garçon intrépide probablement . J ' étais fier d ' être parmi ces soldats qui nous libéraient et qui combattaient l ' ennemi pour nous . J ' avais l ' impression de participer . Je souhaitais avoir un ami parmi eux . J ' étais un peu l ' enfant de la troupe .Rapidement je fraternisais avec Douglas . Il était sympathique et me protégeait strictement parce que je n 'étais pas très prudent et même pas du tout . Il était un homme droit et je le percevais ainsi .Je ne me souviens pas comment nous nous comprenions parce que je n ' avais pas encore appris l ' Anglais et lui ne parlait que peu le Français . Quelques mots suffisaient . Il était mon camarade soldat et j ' étais heureux et fier de l ' avoir . Je me demande maintenant comment je pouvais entrer dans la batterie . Je demandais à quelqu ' un : " Douglas est - il là . S ' il était là j ' entrais et je me promenais dans le camp . De temps en temps nous parlions . Nous parlions de la guerre ( j ' étais informé ) , de sa femme de ma famille .


      Mes parents invitèrent Douglas pour un repas chez nous à Marquise . Je le pris à sa batterie et nous marchions ou roulions à bicyclette le long d ' un chemin entre deux énormes carrières de marbre . Mes parents avait sorti une vieille bouteille de vin poussiéreuse en son honneur . Je me demandais où ils avaient eu cette bouteille puisque nous n ' avions rien . Peut - être restait - elle de ma Communion qui avait eu lieu avant et elle devait être soigneusement cachée .


      Un jour j ' allais à Landrethun . La batterie était partie et mon camarade aussi .


      à suivre ........

Comments (6)

  • Captivant! Je te suis reconnaissante de partager avec nous tes memoires. Quelques jeunes Afghans vivent probablement une histoire similaire en ce moment se voyant delivres d'ideologies oppressantes... Tout se repete... Quelques innocents ont du perdre leur maison... Rin ne change...

    Ton histoire nous aide a comprendre le present. Merci. Et ma curiosote est maintenant allimentee par ce petit ''a suivre''.

    En passant... James sait tres bien dire ''je t'aime'' avec son adorable accent americain. Il apprend vite! Florence l'y oblige.

    I&F&C&XlymbsJ...

  • I printed this version out...

    Love, Bianca

  • Admirable, Michel. Gamine a raison "Rien ne change".

  • bonjour Michel,
    Magnifique continuation de l'histoire(H).Il faudrait racconter l'histoire comme ça,pas comme la nous raccontent les livres de les écoles.
    Cette une histoire que fait reflêchir.
    On a eut,en Europe,56 années de paix.
    Dans le monde il se reptent chaque jour des histoires paralelle.
    Il y a la follie,l'horreur,le douleur mais aussie la gloire,l'amour,même la joie.
    Encore une fois merci pour nous faire partie de cette histoire et on attende la suite.
    Ciao

  • Very intense experience...no wonder you have such a value for life...and living...

  • c'est vrai que la violence de la guerre est effroyable. l'homme se tue; pourtant si l'on regarde de bien haut, bien au-delà de la stratosphère, c'est comme si on voyait des oisillons se tuer alors qu'ils partagent le même nid et que tous deux en ont besoin car leur survie contre d'autres éléments et prédateurs plus dangereux en dépend. c'est donc absurde. on pensait que l'homme était intelligent mais parfois l'animal agit plus sagement.

    On ne rencontre pas pareille violence aujourd'hui effectivement, et je n'espère pas, mais malgré un degré moindre, la violence s'est établi dans notre quotidien et elle est surtout fini par être tolérée et même acceptée, ce qui est grave. J'ose imaginer où tout cela mène.

    Sinon, votre rencontre est toute aussi grande que l'événement qui en ont fait les circonstances. Inouï. On arrive même à vous voir comme vous l'étiez d'antan, une part de notre inner-child subsistera toujours, n'est-ce pas? :D

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